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CONTRE LE DOPAGE

Tennis et dopage

13 Novembre 2008 Publié dans #Tennis


Car oui, un jour, il faut bien aborder les sujets qui fâchent. Du tennis et du doping, nous tous, sur ce forum, avons beaucoup glosé sans jamais réellement s’arrêter sur le sujet: pas l’envie? la peur de se retrouver face à nos propres contradictions? Alors, peut-être est-il temps d’aborder ce qui doit être le seul sujet majeur qui n’ait jamais été abordé sur la Vox tennis. En essayant de ne verser ni dans la candeur ni dans la paranoïa.

Historique des cas positifs

En tennis, le dopage n’existe (presque) pas. Il est le seul sport miraculeusement épargné par ce fléau qui frappe les cousins cyclisme, football, athlétisme...

Pour y trouver trace d’un cas de dopage, il faut attendre 1995. Cette année-là, deux vieilles gloires, Mats Wilander et Karel Novacek, sont contrôlées positives à la cocaïne lors d’un double à Roland-Garros. La coke, produit prohibé mais pas précisément réputé pour son efficacité en terme d’améliorations des performances. Venant de deux champions en bout de course, qui sont connus pour ne plus nourrir la moindre ambition tennistique (ils passent plus de temps à faire la fête qu’à s’entraîner), on considère qu’il s’agit d’un écart en soirée et on passe l’éponge. De toute façon, quelques mois plus tard, Wilander comme Novacek remiseront les raquettes.
1996; pas de pitié pour les sans-grades. Ignacio Truyol, Espagnol de 23 ans, joue surtout en Challengers, et commence à avoir des résultats intéressants. Pas de pot, il est contrôlé positif aux stéroïdes anabolisants. La sanction tombe: un an de suspension. Il tentera bien de revenir par la suite, sans succès.

Et puis survient le vrai coup de tonnerre: en 1998, quelques semaines après son sacre miraculeux à l’Open d’Australie, le Tchèque Petr Korda est à son tour pris par la patrouille. Positif à la nandrolone. L’ATP, embarrassé, ne le suspend pourtant pas. Un procès s’engage entre le joueur et le Tribunal arbitraire du sport (TAS). En jeu, le titre australien de Korda et ses gains amassés sur cette première partie d’année 1998. Pendant ce temps, le Tchèque continue à jouer. Et, tel un pestiféré, provoque le malaise. Dans les allées, on l’évite soigneusement. Nombreux sont alors les joueurs qui se désolidarisent. Exemple le plus marquant: l’Espagnol Galo Blanco qui, éliminé par Korda à l’Open d’Australie 1999, refuse de serrer la main de son vainqueur, lâchant ostensiblement qu’il ne «serre pas la main aux tricheurs». Ambiance sur le court. Quant à Todd Martin, qui mettra fin à la mascarade en éliminant le Tchèque deux tours plus tard, il ne sait plus où se mettre durant la conférence de presse d’après-match, où il n’est question que de Korda. Le Tchèque décide finalement d’arrêter les frais et met un terme à sa carrière un peu plus tard dans la saison. Il reste à ce jour le seul vainqueur d’un tournoi du Grand Chelem contrôlé positif.

Nous entrons dans le XXIe siècle et l’Argentine se met alors à elle seule à tripler le nombre de tennismen positifs: 2000, Juan Ignacio Chela, 50e mondial et joueur en devenir, pris aux stéroïdes: trois mois de suspension. 2001: Guillermo Coria, 19 ans et lui aussi en pleine bourre: sept mois de suspension pour prise de nandrolone. Mais l’Argentin est un finaud: il fera un procès à la compagnie d’aliments alimentaires qu’il tient pour responsable de ce contrôle positif. Un arrangement à l’amiable sera finalement trouvé en 2004 et, à défaut de gagner Roland-Garros, l’Argentin s’octroiera un bel extra financier. 2003, Mariano Puerta est a son tour pris par la patrouille. En 2005, c’est au tour de Guillermo Canas: deux ans de suspension. Il reviendra aussi fort qu’avant en 2007. Quelques semaines après Canas, c’est à Mariano Puerta de remettre ça. Suspendu huit ans (c’était pour dire de ne pas le suspendre à vie, comme le veut la réglementation en cas de second contrôle), sa peine sera finalement commuée à deux ans. Mariano a donc repris la compétition en 2007, et se maintient depuis aux alentours de la 150e place mondiale. Sans oublier d’ajouter à la liste le très bon joueur de double, toujours gaucho, Mariano Hood.

Quand Greg s’en mêle...

Mais le dopage ne touche pas que les Argentins. D’autres joueurs sont accusés mais, souvent, sont blanchis par l’ATP. C’est ainsi qu’en 2003, les choses semblent décidément s’accélérer: l’association des tennismen professionnels annonce que sept joueurs ont été contrôlés positifs à la nandrolone. L’émotion est à son comble. Mais, quelques jours plus tard, la marche arrière est enclenchée. Six joueurs sont blanchis: c’est l’ATP lui-même qui aurait fourni des compléments alimentaires contenant les substances interdites. Un seul joueur demeure inquiété, et la presse divulgue son nom: le Tchèque Bohdan Ulihrach. Lui se voit suspendu deux ans. Puis, au bout d’un an, bénéficie d’un mea culpa: lui aussi à été victime d’un médicament prescrit par l’ATP, mais qui était entré peu de temps auparavant dans la catégorie «produits dopants». Un an de perdu, mais Bohdan peut revenir.

Enfin, dernière flambée en date, en 2004: le Britannique Greg Rusedski est à son tour pris, toujours à la nandrolone. Mais il ne se démonte pas: il organise des conférences de presse en clamant que, s’il tombe, il aura des noms à déballer. Et précise qu’environ la moitié des joueurs du Top 100 sont à sa connaissance dopés. Rapport de cause à effet ou simple coïncidence? Toujours est-il que toutes les poursuites sont abandonnées. Dans la foulée, John McEnroe himself met les pieds dans le plat en avouant avoir pris des stéroïdes dans sa carrière. Tollé général, mais pas tant que ça. On ne touche pas à Big Mac. Et puis, vingt ans après, il y a prescription.

Circonstances atténuantes également pour Svetlana Kuznetsova: fin 2004, l’alors récente gagnante de l’US Open est contrôlée positive à l’éphédrine lors d’une exhibition en Belgique. Larry Scott, directeur exécutif de la WTA, monte en personne au créneau, expliquant que Svetlana «soignait un rhume». L’éphédrine n’étant interdite qu’en compétition, et le contrôle ayant eu lieu hors compétition, Kuznetsova est absoute.

Moins de pitié pour Karol Beck, le Slovaque, grand artisan de la qualification de son pays pour la finale de Coupe Davis 2005: deux ans de suspension. Idem pour la jeune Bulgare Karatantcheva, 15 ans et quart de finaliste à Roland-Garros cette même année 2005. Même sanction de deux ans. Mais, à 15 ans, on a le temps de revenir.

A ce jour, le dernier joueur contrôlé positif est une joueuse: la Suissesse Martina Hingis, en 2007, qui annonce dans la foulée sa retraite sportive. Là aussi, comme pour Wilander douze ans plus tôt, il est question de cocaïne, de soirée et de star déclinante. La boucle est bouclée. Une douzaine de joueurs positifs en plus d’une décennie. Un bilan à faire rêver le cyclisme? Ou un miroir aux alouettes?

Qui décide de quoi?

Vous avez dit «opacité»? Arrêtons-nous un instant sur le fonctionnement des contrôles antidoping dans le monde merveilleux de la petite balle jaune.
En tennis, la plus haute autorité n’appartient pas à la Fédération internationale (ITF), comme dans la plupart des autres disciplines sportives. Elle est détenue par l’association des joueurs (ou joueuses) professionnels (ATP ou WTA). Autrement dit, les joueurs sont jugés par des pairs. Chez les hommes, c’est l’ATP qui s’occupe de l’image de son sport. Son conseil d’administration se compose de 13 membres: trois organisateurs de tournois, trois représentants de joueurs, et sept autres personnes, dont le président Etienne De Villiers, ancien ponte chez Walt Disney.

L’ITF, théoriquement censée être l’organisme prédominant, ne l’est en fait pas tant que ça: si elle conserve la mainmise sur l’organisation de certaines épreuves historiques (Grands Chelems, Jeux Olympiques, Coupe Davis, Fed Cup...), la plupart des décisions restent prises par l’association des joueurs.
Cette dualité à la tête du tennis a fait qu’il a fallu attendre 1993 pour voir les deux parties tomber d’accord sur un programme commun de lutte antidopage, qui délimite les produits interdits, les procédures de dépistage et bien sûr les sanctions. Tout cela approuvé par l’AMA (agence mondiale antidopage).
Concrètement, c’est donc l’ITF qui procède aux contrôles, déléguant leur exécution à une société suédoise qui envoie à son tour les échantillons dans un laboratoire de Montréal, accrédité par l’AMA. Jusque-là, tout va bien. Sauf que...

Sauf que, pour procéder à un contrôle, pendant ou hors compétition, l’ITF doit d’abord obtenir l’aval de l’ATP (ou de la WTA, qui fonctionne selon le même procédé). Autrement dit, il faut l’autorisation des joueurs pour contrôler d’autres joueurs.

En outre, cela augmente considérablement le nombre de gens au courant des contrôles inopinés qui sont programmés. Et notamment des gens proches des milieux à contrôler. Ce qui aboutit à des résultats étonnants: Nathalie Tauziat témoigne ainsi avoir déjà été prévenue à l’avance d’un contrôle inopiné! Elle ajoute: «Il y a un principe du silence qui prévaut: on voit souvent des filles disparaître du circuit pendant six mois ou un an, sans trop savoir si elles sont blessées ou si elles purgent une suspension pour un contrôle positif qui n’aurait pas été ébruité».

On en vient alors à s’interroger sur ce tennis à deux vitesses: pourquoi les seuls joueurs contrôlés sont-ils toujours des sans-grades ou des vieilles gloires en fin de carrière? Et pourquoi aussi les joueurs qui refusent la langue de bois se voient-ils rappelé à l’ordre?

Ainsi les mésaventures survenues à Christophe Rochus ou Nicolas Escudé ne vont pas dans le sens d’une amélioration de l’image de l’ATP: lors de l’Open d’Australie 2003, le premier fit part aux journalistes de ses soupçons, disant que des produits interdits circulaient dans les vestiaires, notamment parmi les joueurs argentins. «A l’époque, on m’avait fait comprendre qu’on n’avait pas le droit de parler de ça dans le tennis... Les faits ont pourtant démontré que je n’avais pas tout à fait tort». Idem pour Nicolas Escudé qui, pour avoir émis des doutes sur «certains joueurs plus frais au cinquième set qu’au premier», se vit infliger une lourde amende et dû faire des excuses publiques pour éviter de se faire exclure du circuit.
Difficile dès lors d’avoir grande confiance en la volonté des instances dirigeantes de vraiment s’investir dans la lutte contre la triche. Et du coup de contribuer indirectement à alimenter ce phénomène très humain qui s’appelle la rumeur: «Untel est trop musclé, c’est pas possible», «Untel a de trop bons résultats, c’est pas naturel»... Rien de bien concret mais des insinuations persistantes nourries par le «on nous cache tout, on nous dit rien».
Quoi qu’il en soit, l’honneur reste sauf. Loin du foot, cyclisme, athlétisme, natation and co, le tennis reste officiellement l’un des sports majeurs les plus épargnés par le dopage.

La prime au talent?

Pour se rassurer, les optimistes argueront que le tennis recèle de toute manière une large dimension technique qui ne s’apprend pas en ingérant des produits chimiques. Masquer une amortie, déposer une volée rétro, réussir un revers croisé court... Tout ça, c’est du talent, du travail, et rien d’autre. Ce ne sont pas des stéroïdes qui ont conféré son exceptionnelle volée à John McEnroe! Pourtant, «Big Mac» en a pris.

Ce qui amène à s’intéresser aux différents aspects de ce sport qui peuvent être améliorés par l’apport de produits extérieurs:

  • la puissance de frappe (stéroïdes anabolisants, nandrolone)
  • l’endurance et/ou l’atténuation de la fatigue (corticoïdes, éphédrine, nandrolone)
  • la concentration (éphédrine)

Ces «caractéristiques améliorables» expliquent en grande partie pourquoi les joueurs au tennis très physique, les marathoniens des courts et/ou crocodiles de terre battue, sont plus souvent brocardés que les autres.

Nicolas Escudé encore: «je peux vous dire que le tennis moderne, ce n’est pas seulement de la technique. C’est aussi du physique. Beaucoup même! Donc je ne pense pas qu’il existe des produits pour devenir un meilleur joueur. En revanche, ils peuvent aider à se maintenir au top plus longtemps.» Et de conclure: «il n’est pas nécessaire de se doper pour sortir un grand match. Mais pour tenir toute la saison, là, c’est différent».

Alors, où se situe la vérité? Tous propres sauf les Argentins, comme semble grosso modo le défendre l’ATP? Au moins la moitié du Top 100 chargée, comme le soutient Greg Rusedski? Ou tous dopés, comme diront les Cassandre les plus désabusées?

Impossible d’émettre d’avis tranché. A chacun, à mi-chemin entre passion et raison, de se faire son opinion.

Bibliographie:
Sport et vie, hors-série n°28, 2007
Divers Tennis Magazine ou Année du tennis
Presse générale: «Le Monde», «La Dépêche»...

Source et date de l'article  SportVox  29.10.2008


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F
<br /> <br /> article très intéréssant qui retrace bien les quelques scandales du tennis en terme de dopage, mais je pense que le plus grand reste à venir ... le numéro 1 mondial en personne !! je reste<br /> persuadé que Nadal a ou bien a eu des choses à se reprocher.<br /> <br /> <br /> <br />
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C
En même temps le tennis n'est pas un sport aussi physique que l'athletisme, le cyclisme, ou le foot. Sinon croyez bien qu'il n'y aurait que des altérophiles dans le Top-10.
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S
Great article.
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W
le rugby est également très peu toucéh mis à part quelques italients et gallois
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N
Merci ! Très bon article; un article de fond et chronologique en plus.  Cela brosse un bon portrait de la situation.  Mais les points d'interrogations demeurent toujours ...
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