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CONTRE LE DOPAGE

Dopage, quand tu nous tiens !

25 Décembre 2008 Publié dans #Etudes sur le dopage


Une enquête menée à l'Université de Lausanne auprès de jeunes cyclistes montre qu'ils ne se sentent pas à l'abri de pratiques dopantes et qu'ils n'excluent pas d'y avoir recours.


«Pour l'instant, je sais que je n'ai rien pris, mais je ne dis pas que je ne prendrai rien quand je passerai professionnel.» Cette citation est tirée d'une étude menée par Vanessa Lentillon-Kaestner, psychologue du sport et chargée de cours à l'Institut des sciences du sport et de l'éducation physique (ISSEP) de l'Université de Lausanne, auprès de huit jeunes cyclistes à l'aube d'une carrière qu'ils espèrent professionnelle. «Cette étude, financée par l'Agence mondiale antidopage, est conduite en Suisse, en France et en Belgique, explique Vanessa Lentillon-Kaestner. Le projet final doit sortir en septembre prochain. Moi je me suis occupée de la partie suisse.»


Vanessa Lentillon-Kaestner, qu'est-ce qui vous a conduite à mener cette étude?
Nous avons voulu comprendre comment se déroulait la transition entre le milieu amateur et le milieu professionnel. Comprendre aussi comment on pouvait passer des compléments autorisés au dopage proprement dit. J'ai interrogé huit jeunes encore amateurs ou tout juste passés professionnels, huit anciens coureurs et huit personnes qui sont dans l'encadrement (manager, entraîneur, médecin, etc.). Le fait que ces entretiens se soient déroulés anonymement leur a permis de mieux se livrer.


Qu'est-ce qu'il en est ressorti?
Je n'ai pas ressenti chez la plupart de mes interlocuteurs un véritable esprit critique vis-à-vis du dopage et cela m'a surprise. Les coureurs acceptent l'idée qu'on les place devant ce choix. Ils disent même qu'ils sont responsables de leur choix. Ils ne se considèrent pas victimes du dopage, pas complètement coupables non plus. J'ai remarqué que, pour certains, c'était une manière d'avoir une reconnaissance, d'être admis dans le milieu professionnel. Et j'ai senti ces jeunes très à l'écoute des conseils des anciens. Il est aussi ressorti des discussions que le dopage a sensiblement diminué depuis l'affaire Festina il y a dix ans, mais que, maintenant, cela se pratique de manière beaucoup plus cachée. Et que le climat est presque plus malsain qu'avant parce que chaque victoire est désormais suspecte.


A lire les déclarations, certains jeunes coureurs n'excluent pas d'avoir recours au dopage. Mais que pensent-ils des contrôles toujours plus pointus qui sont pratiqués?
Ils admettent les contrôles et les souhaitent même. Ils ne veulent en aucun cas une libéralisation du dopage car ce serait la porte ouverte à tous les excès. Ils disent que les contrôles inopinés sont la manière la plus efficace de lutter contre le dopage. Mais ils ne croient pas vraiment que la prise de produits puisse porter atteinte à leur santé car aucune étude ne le prouve vraiment. L'un d'eux m'a dit avoir vu à la télévision un reportage tourné aux Etats-Unis où les personnes prenaient de l'hormone de croissance pour rester jeunes. Donc il en a déduit ironiquement que les cyclistes allaient peut-être vivre jusqu'à 120 ans. Certains estiment même que la pratique du cyclisme sans produits est plus dangereuse pour la santé tant les exigences physiques sont grandes.


En tant que psychologue du sport, qu'est-ce qui vous a frappée?
Je les ai sentis très vulnérables face au dopage et ça me fait peur. Selon eux, ce qui pousse en premier au dopage, c'est l'envie de résultats, d'être le premier, d'être médiatisé et, secondairement, de gagner de l'argent. La situation d'échec ressort aussi souvent comme un élément-clé pour expliquer le dopage. Le moment du renouvellement de contrat est également crucial à leurs yeux. Mais, d'un autre côté, leur démarche est compréhensible puisque leur but premier est de faire carrière. Ils considèrent que coureur cycliste est un métier et ils trouvent injuste d'être condamnés alors que, dans d'autres professions, les gens peuvent prendre ce qu'ils veulent sans être inquiétés. Le dopage, disent-ils, est un problème de société. Et, ajoutent-ils, il sera impossible de l'éradiquer dans le cyclisme tant qu'il y aura d'anciens dopés dans l'encadrement des équipes.

 

Lentillon-Kaestner V., «Conduites dopantes chez les jeunes cyclistes du milieu amateur au milieu professionnel», Psychotropes 2008/1, Vol. 14, p. 41-57


Source et date de l'article  LeMatin.ch  23.12.08


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Nancy 25/12/2008 20:17

Les valeurs sont bousculées. On ne veut pas atteindre des sommets en se dépassant par ses propres moyens, on veut être vu et reconnu, accéder à la gloire, la popularité et l'argent, peu importent les moyens.  Et même la drogue peut devenir un de des moyens.  Vraiment triste ...