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CONTRE LE DOPAGE

«Le dopage n'est plus la norme dans le cyclisme»

10 Avril 2009 , Rédigé par contre le dopage Publié dans #Etudes sur le dopage


INTERVIEW - C'est la conclusion d'une étude menée par un sociologue sur les jeunes cyclistes...

Christophe Brissoneau, sociologue du sport et co-auteur en 2008 de «L’épreuve du dopage» (PUF, 2008), a réalisé une étude sur le dopage chez les jeunes cyclistes professionnels français, suisses et belges (en coopération avec les universités de Lausanne et de Liège). Selon lui, les comportements ont changé depuis l’époque du tout EPO.


Qu’est-ce qui a changé dans le peloton français, depuis 1998?

En 1998, le déviant, celui qui sortait de la norme, était celui qui ne prenait pas de dopage. Ca faisait partie du métier. Le discours tenu était du genre: «Le sport, c’est le travail intensif, le travail intensif, c’est la fatigue, donc il faut réguler la fatigue pour pouvoir encore s’entraîner». C’est pour ça que des produits comme les stéroïdes anabolisants et la cortisone faisaient partie du travail. Brutalement, il y a eu une confrontation avec le monde ordinaire, qui a dit que ce genre de comportement n’est pas possible. L’Etat, les médias, la police et les sponsors ont tapé du poing sur la table. Depuis il y a eu une individualisation des comportements en matière de dopage.


Comment s’est passée la transition?

Entre 1998 et 2003, il y a eu un changement de générations. Ceux qui avaient 25 ans en 1998 ont arrêté. Les jeunes cyclistes sont formés différemment. Avant, quand on était une équipe de niveau international, on piochait à gauche à droite. Aujourd’hui les équipes du Pro Tour françaises ont créé des centres de formation et elles ont des liens avec des clubs de bon niveau. La détection est de type vertical. Ces structures s’apparentent presque à des filières de sport-étude avec un encadrement fixe. L’année dernière, je suis parti avec une équipe du Pro Tour. Je parlais dans une chambre avec des jeunes cyclistes, loin du regard des autres et ils me tenaient un discours très pur. Selon eux, il faut montrer le sponsor, mais en dégageant une certaine éthique. Il existe aussi un deuxième type de cyclistes en France, formés encore différemment. Ils ont un fonctionnement plus individualiste au niveau de l’entraînement et un discours plus diffus sur le dopage.


Ce discours systématique sur la pureté peut-il parfois s’apparenter à de la langue de bois?

C’est une question fondamentale. Le cyclisme a longtemps été très refermé sur lui-même avant de s’ouvrir brutalement. Les jeunes coureurs d'aujourd'hui sont plus réceptifs à ce que dit la presse et à ce que pense de leur milieu le monde extérieur. Ils sont aussi plus éduqués (souvent bac +2, +3) et ont pris des cours de com’. Ils maîtrisent leur discours. Mais je pense qu’ils croient vraiment à l’éthique.


Peut-on changer de système quand les directeurs sportifs ne changent pas?

Je me souviens d’une émission de télé où un directeur sportif disait à propos du dopage: «On est allé trop loin». Dans cette phrase, il y a une pensée sous-jacente. Selon lui, une certaine forme de dopage, genre les stéroïdes, peut se comprendre. Mais les directeurs ont dû eux aussi changer de mentalité. En partie sous la pression des sponsors.


Certains coureurs ont-ils été réticents à se confier?

Bien sûr. Il y a encore des cyclistes qui ont des stratégies de contournement. Ils ne captent pas au téléphone, ils habitent des endroits reculés pour éviter les contrôles.


Les cyclistes ont-ils l’impression d’être stigmatisés? Par exemple, râlent-ils contre les contrôles inopinés?

Oui. Ils se disent qu’il y a moins de contrôles dans les autres pays et dans les autres sports. Un rapport du Parlement européen leur donne raison. En 10 ans, ce milieu a dû subir des changements très brutaux. Connaissez-vous un autre métier où on doit pisser dans un flacon à la fin de sa journée ou subir des violations de sa vie privée avec les contrôles inopinés? Cela vient aussi du fait qu’historiquement, la Fédération de cyclisme a toujours été faible. Comme l’UCI. Les contrôles inopinés créent beaucoup plus de polémiques dans le monde du foot car les fédérations de ce sport sont beaucoup plus puissantes.


Avez-vous constaté une diminution de la médicalisation des équipes?

Non. La logique de la médicalisation fait partie intégrante du sport de haut niveau depuis les années 80. Le souci, c’est quand le médecin, autant que l’entraîneur, sélectionne les joueurs ou les coureurs de son équipe. Ca a existé il y a 10-15 ans.

Source et date de l'article 20minutes.fr  09.04.09
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