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CONTRE LE DOPAGE

Témoignage

23 Septembre 2006 , Rédigé par Marie Publié dans #Athlétisme

David Chaussinand : confessions d'un dopé
L'Express du 12/09/2002
Onzième des Jeux de Sydney, le lanceur de marteau David Chaussinand a reconnu en juillet dernier avoir pris des produits prohibés. Et si David Chaussinand, 29 ans, était un exemple?


Quand la plupart des sportifs pris au piège d'un contrôle antidopage positif clament leur innocence, brandissent des certificats médicaux de complaisance, lui a préféré tout avouer. «J'ai triché, j'assume, j'arrête ma carrière...» a reconnu le lanceur de marteau de Clermont-Ferrand, onzième aux Jeux de Sydney en 2000. C'était le 15 juillet dernier.

David Chaussinand, à Nice, en 2000.

(...)
"J'avais 15 ans quand la vocation m'est tombée dessus. Un copain m'a emmené
au stade d'athlétisme. Je dépassais tout le monde                                                              d'une tête.

On m'a mis un marteau de 4 kilos entre les mains, et je l'ai balancé à l'autre bout du
terrain. Ce n'est pas passé inaperçu. Roland Dufour, champion de France de
l'époque, qui deviendra mon seul et unique entraîneur, m'a pris sous son
aile. C'était parti. J'ai intégré un lycée sport-études et, l'année
suivante, je suis devenu champion du monde cadet en pulvérisant le record de
France de plus de 8 mètres. Tout me semblait si facile. La première photo
dans La Montagne, les articles dans L'Equipe. On s'habitue vite. Trop vite.
(...)

Pourquoi s'inquiéter? Mylène, elle aussi, avait confiance en moi. C'est une
ancienne lanceuse de disque, c'est surtout la mère de mes enfants. On s'est
connu à 20 ans. Elle a tout supporté pour favoriser ma carrière: les fins de
mois difficiles, les logements précaires, les absences à répétition. Tout, sauf l'inavouable. Tout, sauf le dopage. Moi non plus, je n'acceptais pas
cette idée-là. Dans ma tête, les choses étaient claires, carrées. Bien sûr,
il faut être costaud pour expédier un marteau dans les nuages. Bien sûr, il
faut résister aux 300 kilos de traction qu'exerce l'engin lorsqu'on l'envoie
à 80 mètres. Mais le secret, c'est la vitesse, la coordination, le
relâchement. La technique. Et la technique, ça ne s'achète pas en pharmacie.

De 20 à 25 ans, ma carrière est restée au point mort. Une mononucléose m'a
laissé sur le flanc pendant un an. Je ne progressais plus. Ou si peu. Très
vite, des types m'ont approché. Le genre d'apprentis sorciers qui gravitent
autour des stades. "Tu ne prends rien? Tu sais que tout pourrait être
beaucoup plus facile? " Ils sont venus me voir deux ou trois fois. Je leur
ai ri au nez.

L'ascension sociale se faisait attendre. Mon club me remboursait royalement mes frais de déplacement et la fédération me défrayait lors des stages de préparation. Quand, enfin, le président du Stade clermontois m'a proposé en 1998 un emploi-jeune à 900 euros par mois, en tant que chargé de
communication, c'est comme si j'avais touché le pactole. Je me suis offert
un diététicien puis un préparateur mental. J'avais deux ans pour préparer
les Jeux de Sydney. Il y a des pays où les lanceurs de marteau sont des
stars. En France, on n'intéresse que les experts. Si je faisais un truc aux
Jeux, en revanche, j'étais persuadé que ma vie allait changer.

«J'étais devenu un monstre d'égoïsme.
Une machine à lancer»

Je me suis mis à m'entraîner comme un damné. Musculation, lancer, vitesse,
étirements. Six à sept heures par jour, tout seul. Roland, mon entraîneur,
commençait à trouver que j'en faisais trop. J'étais obsédé par la
performance. En deux ans, je suis passé de 77 à 80 mètres, et Mylène a donné
naissance à Yann et Tina. On en rêvait depuis longtemps. J'ai vécu leur
arrivée comme un zombie. A la maison, je ne pensais qu'à dormir. Récupérer.
Surveiller mon régime alimentaire. J'étais devenu un monstre d'égoïsme. Une
machine à lancer.

Je n'ai pas à rougir de mon résultat aux Jeux de Sydney. Onzième de la
finale du marteau. Je suis le seul Français à avoir passé les
qualifications, tous concours confondus (hauteur, longueur, perche, lancers.). Qui l'a su? Pas un journaliste de télé ne m'a posé la moindre question. Je n'étais qu'un vulgaire lanceur de marteau. On m'a assimilé au fiasco de l'équipe de France. La semaine suivante, j'ai appris que mon équipementier résiliait mon contrat de misère. Je n'avais jamais éprouvé un tel sentiment d'injustice. Que leur fallait-il? Une médaille, sinon rien? Qu'à cela ne tienne.

Je devais pousser mon corps encore plus loin. Mais comment? Un athlète
étranger avait les réponses à toutes mes questions. Il m'a indiqué les
produits à prendre, les publications médicales à lire. J'ai commandé les
bouquins par correspondance. On y détaillait l'efficacité des divers
anabolisants et leurs délais d'élimination. Pendant six mois, j'ai potassé.
Je n'en menais pas large. Je craignais les effets secondaires. Je voulais,
puis je ne voulais plus. Devant ma femme, j'ai prononcé une fois le terme de "rééquilibrage hormonal". Elle m'a douché: "Jure-moi que tu plaisantes..."


J'ai commencé par de l'éphédrine, un stimulant léger que je m'étais procuré
en Italie. Une ou deux prises avant l'entraînement, pour voir. J'ai vu: je
n'avais jamais été aussi explosif, aussi concentré. J'ai récidivé aux Jeux
méditerranéens, en septembre 2001. Un triomphe. Ma première victoire
internationale, celle qui m'a valu d'entrer dans l'écurie du fameux manager
hongrois Attila Spiriev. Le sésame pour les meetings du Grand Prix. Là où
les dollars coulent à flots.

L'année 2002 s'annonçait bien. Il me fallait encore grignoter 1 ou 2 mètres
supplémentaires. Il me fallait des anabolisants. J'ai profité d'un meeting
en Allemagne pour me ravitailler en Clenbutérol et en Primobolan. Sans
ordonnance. Là-bas, les pharmaciens sont moins regardants qu'en France. J'ai
commencé le traitement au mois de mars 2002. Je prenais mes pilules dans la
salle de bains, seul avec mes mensonges. Terrorisé à l'idée que ma femme me surprenne. Je détournais mon regard du miroir en avalant mes cachets. A l'entraînement, je me sentais sans cesse épié. Je vivais dans la hantise d'un contrôle inopiné. Mon organisme résistait de mieux en mieux à la souffrance. Pas ma tête, vidée. Finalement, j'ai choisi de partir en stage en Hongrie. Tout seul, en voiture. Les Hongrois sont d'excellents lanceurs de marteau. J'avais déjà séjourné chez eux plusieurs fois, pour me frotter aux meilleurs. Jamais pour me doper à l'abri. J'étais là-bas, en avril, quand Mylène a reçu la lettre recommandée de la Fédération internationale.

Elle m'a appris la nouvelle, d'une voix blanche. J'avais été contrôlé positif à l'éphédrine, sept mois plus tôt, lors des Jeux méditerranéens. Je suis rentré à Clermont-Ferrand. Je l'ai invitée au restaurant. Et je lui ai tout raconté: l'éphédrine, mais aussi le Clenbutérol, le Primobolan. Elle m'a dévisagé comme si j'étais un étranger. Pendant deux mois, elle ne m'a plus adressé la parole. J'ai vraiment cru la perdre. (...) 

par Henri Haget

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Yo 24/09/2006 15:13

cette histoire est trop émouvante. Et je crains qu'elle soit la même pour beaucoup de sportifs de haut-niveau, tous ont la même histoire. Dire cela tout haut est un acte de bravoure sans précédent, c'est un exemple, suivons sa démarche !