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CONTRE LE DOPAGE

Derrière l'affaire Armstrong

13 Octobre 2012 , Rédigé par contre le dopage Publié dans #Cyclisme

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Le plus intéressant dans l’affaire Armstrong, ce n’est pas Armstrong. C’est tout ce qu’il y a autour, qui attire moins la lumière mais constitue une opportunité de nettoyer le cyclisme.

Lance Armstrong va (probablement) perdre les sept Tours de France qu’il a gagnés en se dopant (et en s’entraînant, aussi). La réaction du peloton a été sans intérêt à quelques exceptions près, se limitant à des "no comment" parfois agrémentés d’un : "A quoi sert de remuer le passé, c’est encore de la mauvaise publicité pour le vélo."

 

Côté passé, la chute d’Armstrong n’a qu’un seul intérêt : montrer que même le champion le plus puissant de l’histoire du cyclisme peut être rattrapé par ses tricheries. Ses sept Tours ? Volés, on s’en doutait, on le savait, même, depuis la publication des charges de l’Agence antidopage américaine (USADA). Et alors ? Inutile de se livrer à l’exercice consistant à chercher les coureurs propres derrière lui au classement. Mieux vaut tirer un trait sur cette décennie de Tours de France. Ne pas oublier mais la prendre pour ce qu’elle était.

Non, le plus intéressant, dans l’affaire Armstrong, ce n’est pas Armstrong et son palmarès. C’est tout ce qu’il y a autour, qui attire moins la lumière mais constitue une opportunité de nettoyer le cyclisme.

Des médecins suspendus à vie

L’affaire est baptisée "Conspiraton USPS" par l’agence américaine, parce qu’elle ne concerne pas Armstrong mais toute une équipe, l’US Postal Services (USPS) et sa successeur, Discovery Channel.

L’enquête doit permettre de mettre hors d’état de nuire plusieurs personnes encore susceptibles d’aider des sportifs à se doper. Trois sont déjà suspendues à vie par l’USADA. Mais ce sont des médecins qui peuvent très bien continuer à agir clandestinement :

- Michele Ferrari en est la preuve, pusqu’il est déjà interdit de pratiquer par le Comité olympique italien (Coni) pour avoir dopé des coureurs et qu’il continue de conseiller quelque 70 sportifs (cyclistes, athlètes, marathoniens, triathlètes) selon une enquête en cours de la justice italienne, qui a fuité dans le magazine "Panorama".

- Luis Del Moral, médecin de l’US Postal de 1999 à 2003, a ensuite prodigué ses savoirs dans le football (le FC Barcelone pour la saison 2003/04 et le FC Valence quelques mois en 2005, avant de se faire licencier) et la voile (il s’est occupé de plusieurs équipages lors de la Coupe de l’America 2007). Il travaille dans une clinique du sport à Valence – qui a enlevé son nom du site internet mais l’a gardé dans la version anglaise – et au sein de l’académie de tennis valencienne TenisVal, où s’entraînent la finaliste de Roland-Garros Sara Errani et le cinquième joueur mondial, David Ferrer.

- Pepe Marti a continué d’entraîner Alberto Contador chez Discovery Channel puis chez Astana. On ignore ce qu’il faisait depuis un an et demi.

Deux autres nuisibles ont encore deux pieds dans le vélo et ont demandé une procédure d’arbitrage dans le cadre de l’enquête de l’USADA. Il s’agit de la procédure à laquelle a renoncé Armstrong (ainsi que les trois médecins cités) : parce que cette procédure doit permettre de dévoiler publiquement tous les éléments recueillis par l’accusation. En clair, le procès de Bruyneel et Pedro Celaya sera aussi celui d’Armstrong.

Si ses éléments sont suffisamment solides, l’USADA réussira donc l’exploit de virer du cyclisme :

- Johan Bruyneel, manager de Lance Armstrong toutes ces années, puis d’Alberto Contador lors de ses Tours remportés en 2007 et 2009, et cette année des frères Schleck.

- Pedro Celaya, médecin au CV aussi chargé que ses coureurs : US Postal (97-98), ONCE (99-2003), US Postal puis Discovery Channel (2003-2007), Astana (2009), Radioshack (depuis 2010).

Les deux hommes rejoindraient dans la fosse commune des années EPO leur ancien patron Manolo Saiz, tombé dans l’affaire Puerto en 2006.

"Aux deux tiers du tunnel, impossible de reculer"

Voilà pourquoi l’affaire Armstrong ne concerne pas tant le passé que le présent du vélo, et d’autres sports. Pour se doper et échapper aux contrôles, il faut toujours l’aide de médecins qui n’en sont plus, voire d’un manager soucieux de faire gagner son équipe à tout prix.

Des préparateurs comme Ferrari ont conçu des protocoles de dopage pour plusieurs générations de coureurs, en "pigistes" ou auprès d’une équipe, et dénaturé autant de courses. Les suspendre à vie, ce n’est pas remuer le passé, c’est préparer l’avenir.

Certains coureurs, que l’on peut comprendre, regrettent aussi la mauvaise publicité pour le vélo. Sentiment d’injustice par rapport à d’autres sports, crainte que se retrouver au chômage parce que le sponsor de leur équipe s’en est allé à cause du dopage. Pour eux, la politique de l’autruche serait encore la plus sûre. Mais le cyclisme peut-il encore faire demi-tour ?

Jonathan Vaughters est un ancien coéquipier de Lance Armstrong, qui a avoué s’être dopé et est très vraisemblablement l’un des nombreux témoins (plus de 10) rencontrés par les enquêteurs. Il dirige à présent une équipe qui se revendique absolument propre, la Garmin-Sharp. Dans une interview accordée au magazine "Bicycling", il dit :On est aux deux tiers d’un tunnel sombre. Impossible de reculer. Il faut aller de l’autre côté. Cacontinue de s’envenimer. On pourrait se dire 'Oh, laissons tomber', mais non.

L’UCI veut-elle vraiment guérir le vélo ?

Le coureur, son manager, son entraîneur, ses médecins. Pour certains, il faut aussi aller chercher un dernier coupable, tout en haut de la hiérarchie du sport : le président de l’Union cycliste internationale, Pat McQuaid, qui a souvent dénoncé l’enquête de l’USADA.

L’UCI est directement concernée par l’enquête, non seulement car Lance Armstrong était l’emblème de son sport entre 1999 et 2005, mais aussi parce qu’elle est soupçonnée d’avoir couvert un contrôle positif d’Armstrong en 2001.

Le président de l’époque, Hein Verbruggen, était un bon ami d’Armstrong et a désigné son successeur, Pat McQuaid, tout en restant président honoraire.

Floyd Landis, vainqueur du Tour 2006 avant d’être contrôlé positif, est celui qui a raconté l’épisode du contrôle dissimulé. Il y attribue une grande partie de ses pratiques dopantes. Dans son interview confession accordée au journaliste irlandais et ancien coureur Paul Kimmage, il expliquait : Si j’avais eu une quelconque raison de penser que les gens qui dirigent ce sport voulaient vraiment le guérir, je me serais peut-être dit : 'Si j’attends suffisamment longtemps j’aurai l’occasion de gagner sans ça (le dopage)', mais dans aucun scénario je ne m’imaginais courir et gagner le Tour en étant propre."
Le journaliste Paul Kimmage est un adversaire acharné de l’UCI et de Lance Armstrong. Aujourd’hui, il réclame qu’on coupe "les racines et les branches" de la fédération internationale, qui est pourtant à l’avant-garde de la lutte antidopage.

Tant que ça n’arrivera pas, tant que quelqu’un n’aura pas ausculté ce sport de haut en bas et littéralement nettoyé, rien ne changera. Ce doit être radical et la vérité, c’est ça : tant que les coureurs ne penseront pas que les règles s’appliquent à tout le monde, que le dopage ne sera toléré sous aucune forme et que s’exprimer sur le dopage ne sera pas sanctionné, il n’y aura pas moyen que ça change."

"C’est ici que le nouveau cyclisme commence"

Il y a enfin l’organisateur du Tour (Amaury Sport Organisation), qui a accueilli Lance Armstrong à bras ouverts pour son retour en 2009 en sachant pertinemment comment il avait gagné sept fois l’épreuve. Pour l’accueillir et favoriser sa réconciliation avec l’UCI – les deux organisations étaient en guerre ouverte les années précédentes –, Amaury faisait fait place nette : exit Patrice Clerc, directeur un peu trop véhément sur le dopage, et mise en sourdine du problème dans les pages de son journal, "L’Equipe".

Des institutions indépendantes des intérêts du sport pour s’occuper de la lutte antidopage ? Ce serait l’évidence mais c’est encore un peu trop demander. Dans tous les sports.

Le cyclisme doit tirer tout ce qu’il peut de la chute de son dernier parrain. Quelques-uns y croient, comme le coureur américain Ben Jacque-Maynes, un anonyme du peloton en fin de carrière : C’est ici que le nouveau cyclisme commence vraiment. Tout le monde dit, chaque année, que le cyclisme n’a jamais été aussi propre. Eh bien, je pense que c’est le premier pas.

A partir d’aujourd’hui, il va peut-être commencer à se nettoyer. Je ne pense pas qu’il l’ait encore fait. Je pense que c’est le premier signe que, aussi grandes soient vos ambitions, vous n’êtes pas trop gros pour tomber (too big to fail)."

 

Source et date de l'article  Nouvelobs.com/sport  30.08.2012

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