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CONTRE LE DOPAGE

Dopage : l’Espagne ne veut pas savoir

13 Mars 2013 , Rédigé par contre le dopage Publié dans #Procès Puerto

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Première partie d'un article de RUE89 très intéressant !! La suite demain...

 

Le procès de l’affaire Puerto aurait pu être celui du sport espagnol. Jusqu’à présent, il révèle surtout son aveuglement obstiné face au problème du dopage.

Au pays de Buñuel, ce procès fait honneur à l’absurde. Personnage principal : Eufemiano Fuentes.

 

Gynécologue de formation, il a dopé des sportifs pendant trente ans avant d’être arrêté. En tant qu’ancien athlète, il comprenait mieux que d’autres les souffrances des champions et leur administrait des traitements leur permettant de travailler plus et récupérer mieux. Un dopeur séducteur, dont la vie a basculé le jour de la perquisition de la Guardia Civil à son domicile madrilène, le 23 mai 2006.

Pendant le procès, celui qui se décrit comme un baratineur (« sablista ») n’est plus le même, écrit El Pais :

« Quand il tourne son regard vers un public hypnotisé par ce qu’il entend, ce regard ne séduit pas, ne demande même pas de compassion. Il file des frissons. » 

 

« Je sais tout mais je ne dirai rien »

 

Ces spectateurs effrayés par Fuentes sont les seuls à avoir frissonné un peu. Le sport espagnol reste, lui, bien tranquille, car personne ne sort de son rôle.

Ni « Eufe », en mode « Je sais tout mais je ne dirai rien », ni la juge Santamaria, dont la seule mission est de déterminer si la santé des athlètes a été mise en danger. A l’époque des faits, l’Espagne n’était pas dotée d’une loi antidopage – il faudra attendre 2007. Le journaliste espagnol Sergi Lopez, d’El Periodico, se fade le procès depuis le début :

« Je comprends que de l’extérieur, il puisse y avoir un sentiment de frustration. Seulement, il faut bien comprendre que ce n’est pas le dopage qui intéresse la juge : que ce soit des cyclistes ou des toreros, pour elle, peu importe. »

Entre les deux personnages principaux, les dialogues sont rares. Quand le premier dit : « J’ai eu d’autres sportifs que des cyclistes comme clients : des footballeurs, des tennismen, des boxeurs, etc... », la deuxième ne répond pas.

Le lendemain, Fuentes se dit en possession d’un carnet indiquant quels athlètes correspondent aux codes inscrits sur les poches de sang. La juge ne bronche toujours pas. Et les avocats des agences antidopage fulminent.

« Ce qui est passionnant, c’est l’omerta qui entoure l’affaire »

Jusqu’au bout, c’est possible que Fuentes ne dise rien. Sergi Lopez :

« C’est une personnalité à part, un type qui aime jouer. Si tu l’appelles pour lui demander s’il a travaillé avec un club de Ligue 1, il laissera planer le doute, il ne dira ni oui ni non. Il est comme ça. »

 

Ludovic Lestrelin trouve ça « passionnant ». Ce sociologue du sport à l’université de Caen, co-auteur d’un article sur l’affaire Puerto, se délecte à observer « comment une affaire très importante de dopage va accoucher d’une souris ».

« Ce qui est passionnant, c’est l’omerta qui entoure cette affaire. Le principal protagoniste déclare qu’il offrait ses services à des sportifs et qu’il est prêt à dire leurs noms, et en face, on a quelqu’un qui ne cherche pas à en savoir plus et reste dans les clous, n’ose pas venir vers lui.

Quand on retrace l’histoire de cette affaire, c’est dans la continuité de ce qu’on a vu : le classement une première fois de l’affaire, puis une deuxième fois, le refus de transmettre des éléments de preuves aux autorités sportives, les déclarations d’acteurs judiciaires ou politiques espagnols cherchant à minimiser l’affaire. »

L’Agence mondiale antidopage (AMA) reste avec ses questions et patiente, irritée par les blocages de l’Etat espagnol mais convaincue de « l’état d’esprit d’ouverture » de la juge. Son président John Fahey juge qu’une « ombre monumentale » pèse sur des centaines de sportifs espagnols.

Réhabiliter l’image de l’Espagne pour Madrid 2020

 

La chef de l’agence espagnole antidopage est la seule alliée de l’AMA. Ana Munoz promet que le travail sera fait plus tard :

« Quand le procès sera terminé, ce ne sera pas fini. Nous nous mettrons au travail. Je connais les doutes à l’étranger concernant l’agence antidopage espagnole. Je passe 80% de mon temps à essayer de changer cette image, pas seulement avec des mots mais avec des actes. »

Pour Sergi Lopez, Ana Munoz « est quelqu’un de très sérieux » : « Mais si Fuentes ne cite aucun nom, ce sera compliqué d’ouvrir une enquête. »

Munoz est en mission et elle part de loin : en septembre, le Comité international olympique (CIO) décidera si les Jeux olympiques 2020 ont lieu à Istanbul, Tokyo ou...Madrid. Si l’Espagne est encore considérée d’ici là comme le refuge des dopés de tous les pays, ce sera un très mauvais point pour la candidature madrilène.

Ludovic Lestrelin observe qu’on « ne voit pas émerger une mise en politique de la question du dopage, tel qu’on aurait pu s’y attendre ».

« Après l’affaire Festina, il y a eu une reprise en main du politique, qui a sifflé la fin de la récré et fait en sorte que l’acteur public joue son rôle avec des discours assez offensifs. Là, on ne sent pas la même réaction. »

Pendant des années, la Fédération espagnole de cyclisme, le secrétariat d’Etat aux Sports et la justice ont bloqué les initiatives de l’AMA ou de l’Union cycliste internationale (UCI). La classe politique dans son ensemble a soutenu Alberto Contador après son contrôle positif. Et en 2008, le médecin de l’équipe cycliste Française des Jeux, Gérard Guillaume, qualifiait le pays de « plaque tournante du dopage européen, pour tous les sports ».

 

Source et date de l'article  RUE89.com  27.02.2013

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