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CONTRE LE DOPAGE

« Je me suis dopé et je ne regrette rien. Ne les jugez pas ! » partie 2

21 Août 2012 , Rédigé par contre le dopage Publié dans #Cyclisme

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Voici la suite de l'article de hier...la suite demain...

 

Source de l'article Rue89 

Nous les dieux, traités comme des délinquants

Ma fin de carrière cycliste est arrivée. Je suis devenu directeur sportif d’une équipe de deuxième division. Je ne me sentais pas à ma place quand l’affaire Festina est arrivée. Cette affaire fut un électrochoc pour moi. Le lynchage orchestré par les médias fut terrible. Tout le monde s’y est mis : la justice, la police et le public.

 

Désormais, on menottait, on fouillait intimement un coureur du Tour puis on le mettait en garde a vue ! En prison, quoi… Nous, les dieux, on nous traitait comme des délinquants. Vous imaginez Zidane en garde à vue ? Pas moi.

Ce fut cataclysmique. Je réalisais que peut-être, moi aussi, j’aurais pu être là, dans cette affaire. Châtié en place publique. Pourtant, je n’ai jamais eu honte de mon passé. Je ne regrette rien et cela fait partie de mon histoire personnelle.

Je comprends aussi que les jeunes s’étant lancés dans le vélo à cette époque aient une autre mentalité. Ça vaccine ! Aujourd’hui, celui qui décide de se doper sait que c’est « mal » et il y a de vrais risques : suspendu deux ans la première fois, à vie la seconde. Nous, c’était quatre mois avec sursis et quelques mois la seconde. C’était surtout l’amende qui nous faisait réfléchir : 4 000 francs, je crois…

Quel coureur serais-je dans ce Tour ?

L’affaire Festina m’a quand même aidé à faire table rase du passé et je me suis reconverti comme journaliste reporter d’images. Petit à petit, je suis devenu hostile au dopage. Je critiquais ceux qui continuaient à employer des produits interdits. Enfin quoi, c’est tricher quand même ! Je plaisante…

J’ai essayé de comprendre pourquoi les cyclistes – et tous les autres athlètes – se dopaient. Ou pas. Si, si, il y en a ! Je me dis qu’il est tellement facile de juger les autres quand on n’est pas acteur. Quel coureur serais-je dans ce Tour ? Di Gregorio ou un chantre declaré de l’antidopage ?

A coup sûr, si je venais d’une classe défavorisée comme Rémy, j’aurais tenté d’améliorer mes performances d’une manière ou d’une autre. S’en sortir coûte que coûte sans être un véritable bandit. Mais là, je suis déjà en train de le juger. Il n’est pas encore prouvé qu’il se soit dopé, le Marseillais.

Si, par contre j’étais, comme Thomas Voeckler, le fils d’un père psychiatre et d’une mère anesthésiste, il est probable que j’aurais une conscience plus aigüe de ce qu’est la morale. Du moins, il faut l’espérer, parce que je serais plus à blâmer. Mais pardonnable quand même, parce que nous sommes tous faibles un jour ou l’autre.

Je sais leur peur d’être traîné dans la boue

Aujourd’hui, certains ne se dopent pas, ou plus, parce que c’est mal… Pourquoi ceux là ont-ils ce libre arbitre et cette conscience qui leur permet de dire non ? A mon époque, étions-nous sans foi ni loi, ou plus bêtes ?

Je crois que la peur du gendarme a fait son oeuvre. La peur d’être livré à la vindicte, aux adorateurs du veau d’or qui finissent toujours par brûler leurs idoles. Les coureurs français d’aujourd’hui ne me connaissent plus mais je sais leur peur d’être traînés dans la boue. Et c’est un vrai rempart qui les empêche de « taper dans les boîtes », comme on disait.

Bien sûr, il y a aussi ceux qui continuent malgré tout à prendre des risques. Pourquoi ? Je vais vous aider à comprendre. Vous-mêmes, n’avez-vous jamais triché ? Au volant ? A un examen ? Pour gagner de l’argent, ou ne pas en perdre ? Pour gagner du pouvoir ?

Vous ne connaissez personne parmi les puissants que nous élisons qui ne soit prêt à tout ou presque pour gagner ? Bourrer des urnes pour être Premier secrétaire du Parti socialiste, c’est pas tricher ça ?

Être parmi les meilleurs, parmi les premiers. C’est vous qui fixez le prix à payer. Que n’est-on pas prêt à faire pour réussir ? Faites votre examen de conscience avant de juger. Les coureurs sont juste des hommes comme les autres. Aucune raison qu’ils soient plus intègres que le reste de la société. Et par pitié, ne me parlez pas d’exemplarité du sport de haut niveau.

 

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