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CONTRE LE DOPAGE

Jeune gymnaste, j’ai été violée par mon entraîneur tout-puissant

9 Avril 2013 , Rédigé par contre le dopage Publié dans #Gymnastique

http://www.rue89.com/sites/news/files/styles/asset_img_half/public/assets/image/2013/03/sheneabooth.jpg

 

Un témoignage très touchant qui montre malheureusement la toute puissance de certains entraîneurs !!

 

J’ai quitté mes parents à 14 ans pour aller vivre chez un entraîneur. Avec sa désormais ex-femme, il formait les meilleurs athlètes du pays. David était très influent dans le milieu de la gymnastique acrobatique. Ils avaient hébergé de nombreux gymnastes avant moi, ce n’était donc pas un arrangement inhabituel.

Le sport représentait toute ma vie depuis l’âge de 8 ans. J’étais donc prête à faire ces sacrifices. C’est à travers l’acrobatie que j’exprimais qui j’étais réellement, ce que je n’arrivais pas à faire ailleurs. Lorsque je m’entraînais, je me sentais bien. Je me sentais moi-même.

A l’entraînement, nous faisions semblant

La première année de cohabitation, tout s’est d’ailleurs parfaitement passé, David était comme un père pour moi. Et puis un soir, tout a basculé. Alors que sa femme et leur bébé dormaient à l’étage et que nous regardions la télévision, il a commencé à se rapprocher de moi par des petits jeux qui ont rapidement dérivé en attouchements sexuels.

 

Je n’ai pas su comment réagir, j’étais totalement perdue. Le lendemain matin à mon réveil, il était à mon chevet en train de me caresser. Terrorisée, je suis restée immobile jusqu’à ce qu’il quitte ma chambre.

Des viols ont suivi, presque tous les jours durant cinq mois. Il s’introduisait dans ma chambre, traînait mon lit devant la porte pour la bloquer et me violait. Toutes les occasions, tous les lieux étaient bons pour abuser de moi. Je n’avais plus aucun moyen de lui échapper.

J’assume ma responsabilité d’être restée silencieuse à ce moment-là. J’étais totalement dépassée par la situations. Je ne savais pas vers qui me tourner. La plupart des abus se sont déroulés en dehors des périodes de compétition. A l’entraînement, nous faisions semblant. Moi de dissimuler ma souffrance, lui que tout était normal.

La vie était plus facile dans le gymnase

La vie était plus facile dans le gymnase : les entraînements exigeaient tellement de concentration et d’efforts que je pensais à autre chose. David était un bon entraîneur, souvent présenté comme novateur dans ses méthodes, et proche de ses athlètes.

Il plaisantait souvent pendant les entraînements, faisait en sorte de se comporter comme nous, des adolescents. Ses discussions tournaient souvent autour de l’anatomie féminine de ses athlètes, allant jusqu’à donner des surnoms aux fesses des jeunes filles. Il parlait souvent de sexe aussi.

Je me souviens de gestes déplacés envers moi, lorsqu’il me rattrapait pour éviter que je ne tombe : il profitait de chaque occasion pour avoir un contact physique avec moi. Un jour, mon coéquipier le lui a fait remarquer. David s’est défendu en arguant que nos tenues étaient trop suggestives.

Malgré ce qu’il me faisait subir, il insistait toujours sur le fait que notre relation était normale. Si je ne le comprenais pas aussi bien, il lui aurait été plus facile de garder ses distances, disait-il. Il se comportait comme mon amant mais je n’avais que 15 ans ! Il faisait de moi sa confidente, me flattait, me disait à quel point j’étais attirante.

La peur de perdre ce que j’aimais

Une année, à Noël, il a voulu m’offrir un sac de luxe, et a demandé à son assistante d’aller le chercher pour lui. Ce qu’elle a fait sans poser de questions. Ce genre de comportement d’un entraîneur envers son athlète mineureaurait dû l’alerter.

Dans ce genre de situation, les victimes se taisent et restent dévouées à leur entraîneur-agresseur. Nous avons passé une grande partie de notre vie sous leur influence et pour nous les athlètes, ils représentent la clé de la réussite. Le seul moyen de gagner des médailles. C’est le coach tout-puissant.

On a le sentiment que si on commence à parler, non seulement on sera sévèrement jugé, mais on perdra aussi ce que l’on aime : notre sport. Le sport était la seule base solide dans la vie, même dans cet environnement tumultueux. Ce que j’étais capable de réaliser sur le plan sportif m’aidait à supporter tout ça.

 

Les sportifs de haut niveau sont habitués à supporter la douleur, physique ou psychologique. Elle fait partie de notre quotidien. Voilà aussi pourquoi nous endurons sans rien dire.

 

J’ai décidé de tout raconter il y a deux ans environ, lorsque sa femme a découvert qu’il utilisait le compte Facebook de leur fils pour entrer en contact avec une jeune gymnaste de 13 ans. S’il était arrivé quelque chose à cette fillette, je m’en serais voulu toute ma vie.

J’ai contacté la police qui a lancé une enquête. Après de longs mois de procédure, il a finalement été jugé et a écopé de deux ans de prison ferme. Sur les 15 chefs d’accusation qui pesaient contre lui, seuls deux ont été retenus. Mais il est désormais enregistré comme délinquant sexuel à vie.

Jusqu’à l’ouverture de l’enquête judiciaire, mes parents n’ont jamais rien su. Ils attribuaient mes angoisses à l’adolescence et mes émotions à ma pratique du sport de haut niveau. Ils venaient de divorcer quand tout a commencé et cela se passait très mal entre eux. Je n’avais pas envie de retourner chez eux, je ne m’y sentais pas plus en sécurité. Aujourd’hui, ils continuent de porter cette douleur et de se sentir responsables.

Pourquoi l’ont-ils laissé entraîner ?

Lors du procès, en novembre 2012, nous n’avons été que deux athlètes à témoigner. Les autres victimes ont envoyé des courriers pour raconter ce qu’elles avaient subi mais n’ont pas voulu intervenir devant le tribunal.

Son ex-femme ne m’a jamais exprimé ses regrets, même depuis la fin du procès. Je reste persuadé qu’elle était au courant, autant pour moi que pour les autres victimes, mais qu’elle ne voulait pas tout perdre. Elle dit aujourd’hui avoir eu quelques soupçons mais jamais aucune certitude.

Les autres entraîneurs du club, la Fédération et les parents ne savaient rien de mon cas personnel mais étaient au courant de certains comportements inappropriés. Pourquoi l’ont-ils laissé entraîner ? Je n’arrive toujours pas à comprendre.

Cela n’a rien changé à mon amour pour le sport

Dire que cette expérience a eu des répercussions négatives sur ma vie serait un euphémisme. Je me suis souvent retrouvée dans des schémas de relations similaires où, malheureusement, j’assumais trop facilement un certain rôle, après avoir été manipulée si jeune.

Me sortir de ces relations et de ces situations malsaines a été une tâche difficile. Même s’il m’a fallu du temps, je suis aujourd’hui quelqu’un d’équilibrée. Tout cela n’a rien changé à mon amour pour le sport. Je crois encore à l’essence même du sport de haut niveau. J’aime la compétition et je l’aimerai toujours.

J’ai mis dix ans à surmonter ce traumatisme et à réussir à dire ce qu’il m’avait fait subir. Je suis restée silencieuse trop longtemps, voilà pourquoi je souhaite aujourd’hui partager mon histoire : pour que ceux ou celles qui vivent ou ont vécu les mêmes souffrances trouvent le courage de parler.

Les violences sexuelles sont une réalité trop souvent négligée du sport de haut niveau, un tabou. On le cache. On se le cache. Il est temps que le milieu du sport se penche sur la question pour comprendre comment ce genre de comportements se développe dans le secret.

Revoir notre idée de la réussite

Nous avons besoin d’une réglementation plus stricte afin d’établir le rôle de chacun. Le sport de haut niveau doit être encadré par des personnes influentes et irréprochables afin de maintenir une atmosphère saine. De leur côté, les parents doivent être encore plus vigilants face aux comportements de ceux qui ont autorité sur leurs enfants et qui passent du temps avec.

Mon drame personnel a duré aussi longtemps à cause du manque de vigilance des adultes qui m’entouraient.

La gymnastique américaine fera, je l’espère, des progrès grâce à sa nouvelle campagne de sensibilisation « Clubs Care » en partenariat avec « Darkness to Light ». Il faut sortir de l’idée que ce genre de choses n’arrive qu’aux mauvais individus. Le prédateur, bien souvent, est une personne de confiance que vous faites entrer dans votre famille.

Il faudrait également revoir notre idée de la réussite. Comment pouvons-nous abandonner le bien-être de nos enfants pour des médailles ? Si cet entraîneur avait acquis une bonne réputation, c’est parce que ses résultats sportifs servaient de caution. Pour les parents, David était la clé de la réussite de leurs enfants au plus haut niveau. Ils le suivaient aveuglément.

 

Source et date de l'article  Rue89.com  29.03.2013

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