Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
CONTRE LE DOPAGE

Le monde du rugby nie le dopage. Pourquoi fermer les yeux ?

21 Avril 2013 , Rédigé par contre le dopage Publié dans #Rugby

http://blogs.rue89.com/sites/blogs/files/styles/asset_img_full/public/assets/image/2013/04/rugbymelee.jpg

 

Le rugby s’est adapté au monde moderne, dans lequel seule compte la mémoire immédiate : il pousse des cris d’orfraie devant les accusations de dopage dont il est la cible.

Jean-Pierre Elissade s’est vu accusé par Sébastien Chabal de vouloir faire le buzz, après ses déclarations sur la prise fréquente d’amphétamines dans le rugby des années 80.

Et Laurent Bénézech, qui soupçonne les joueurs actuels de prendre de l’hormone de croissance, s’est fait traiter de lâche par Bernard Laporte et se trouve sous la menace de poursuites judiciaires que pourrait déclencher le syndicat Provale.

2001 : « les conditions réunies pour l’arrivée du dopage »

«  Les conditions sont réunies pour l’arrivée du dopage  » : voilà pourtant comment Serge Simon, alors jeune président du syndicat, réagissait en 2001 à des déclarations de Pierre Berbizier qui affirmait que le dopage était une réalité dans le championnat de France.

Le témoignage de Françoise Lasne de l’AFLD devant le Sénat a créé un vrai malaise au sein de l’ovalie, donnant lieu au mieux à une véritable levée de bouclier, au pire un déni total.

Fabien Galthié, dans l’Equipe, semble nier l’utilité du dopage dans ce sport, du fait qu’il demande des qualités physiques antagonistes à la fois de puissance et lucidité, vitesse et adresse.

Sans faire ombrage à l’ancien demi de mêlée français, les joutes récentes montrent que la puissance aurait tendance à prendre le pas sur l’adresse, et que les choix stratégiques ont nettement été minorés par l’aspect physique de ce sport. 

Comme Pierre Berbizier et Serge Simon l’indiquaient en 2001, les conditions sont bien réunies pour que le rugby soit touché par le dopage.

Des analyses capillaires en 2009

La multiplication des matches était déjà une réalité dans les années 90, et le rythme a encore augmenté. On est passé de 30 minutes de temps de jeu effectif (hors arrêts de jeu) en 1980 à plus de 40 actuellement, et sans doute 50 minutes en 2015.

Cette augmentation des fréquences soulignée par Laurent Bénézech est un facteur de risque. Plus de temps de jeu dans un championnat aux cadences effrénées, c’est un risque potentiel d’avoir recours au dopage.

En l’état actuel que peut-on affirmer  ? Rien, pas plus une condamnation de ce sport qu’un blanc-seing qui dédouanerait le rugby de ces soupçons. Il serait bon pourtant de se rappeler que les déclarations de l’AFLD ne sont que le prolongement de constatations déjà effectuées par l’organisme les années précédentes.

Le monde du rugby a vite oublié qu’en 2009, dans des analyses capillaires effectuées sur un panel de 138 sportifs de divers sports, on retrouvait 16,7% de résultats anormaux dans les résultats des rugbymen, contenant des traces de stéroïdes. Une démarche à but préventif qui à l’époque n’avait pas donné lieu à une suite disciplinaire.

Durant cette période, en revanche, les réactions avaient été plus tempérées, les joueurs faisant preuve de leur inquiétude, tandis que la fédération et la ligue promettaient une vigilance accrue. Bref, on était loin de la politique de l’autruche actuelle.

Jeter le discrédit sur son contradicteur, une méthode de lobbyiste

Le milieu du rugby réagit à la polémique en véritable as du lobbying : il ne s’agit pas d’apporter des éléments de réponse mais plutôt d’attaquer la crédibilité de ses détracteurs. Or parmi ces derniers, on retrouve d’anciens joueurs professionnels, devenus entraîneurs et consultants, soucieux du devenir de leur sport, et dont la démarche semble poussée par une volonté de transparence, plus que d’exposition médiatique.

Si l’on fait un parallèle avec le cyclisme, sport étiqueté comme vivier des pratiques dopantes, on constate des similitudes dans le traitement des révélations. Christophe Bassons, qui avait dénoncé les dérives de son sport au début des années 2000, s’était fait brocarder et exclure. Laurent Bénézech aujourd’hui a donc la lâcheté de parler publiquement, tellement lâche qu’il subit frontalement l’opprobre de sa propre «  famille  »…

Est aussi mis en avant le suivi longitudinal. Des cyclistes français ont démontré qu’il était possible de se doper sur une saison entière sans jamais se faire prendre malgré ce suivi.

Un système de suivi que Bernard Laporte encensait lorsqu’il était secrétaire d’état aux Sports. Il se gargarisait qu’il n’y avait pas de dopage dans le football et le rugby, puisqu’il n’y avait pas eu de contrôle positif. Une démarche reprise aussi par l’ERB (European rugby board) en 2009.

Constatant que les contrôles sanguins de 2008 effectués lors du Tournoi des VI Nations s’étaient tous révélés négatifs, il décida de ne pas reconduire le protocole la saison suivante.

Serge Simon lui-même a évoqué les amphétamines

Le monde du rugby et ses instances, tout comme dans le football, n’ont jamais fait preuve d’un zèle effréné dans la lutte contre le dopage. Il est plus facile de mettre en accusation d’autres sports, comme l’athlétisme et le cyclisme, que de questionner le sien. 

Outre les cadences qui augmentent, les enjeux financiers sont plus important, un facteur qui peut accentuer le dopage. On demande désormais plus aux joueurs, qui doivent être infaillibles et tenir une saison entière avec un physique de déménageur. Il est pourtant très difficile d’augmenter sa masse musculaire aussi radicalement, tout en gardant une activité demandant vélocité et dynamisme.

Je me souviens des débuts du professionnalisme et du changement de morphologie que celui-ci a induit. Un exemple criant me vient : celui de Christophe Dominici, dont la masse musculaire du début à la fin de sa carrière a évolué radicalement.

Sous l’effet du travail intensif assurément, mais dans un sport où la nécessité d’avoir une musculature évoluée est devenue indispensable, combien de joueurs seront tentés et passeront au dopage dans l’espoir d’augmenter leurs chances de percer  ?

Les amphétamines étaient courantes alors que le sport était encore amateur, suffisamment de témoignages l’évoquent à commencer par Serge Simon lui-même et François Pienaar, capitaine de l’équipe sud-africaine championne du monde en 1995. Il faudrait bien être candide pour croire qu’avec le professionnalisme, d’autres pratiques n’aient pas vu le jour.

L’affaire Camborde, un souvenir pesant

D’autant que le rugby fraye avec de douteuses fréquentations. En 2011, Alain Camborde a été mis en examen pour «  importation et détention de marchandises prohibées, exercice illégal de la profession de pharmacien et mise en danger de la vie d’autrui  », les enquêteurs ayant notamment découvert des cachets de clenbutérol chez lui, le même produit qui fit déchoir Alberto Contador de son Tour 2010.

Alain Camborde a exercé les fonctions de préparateur physique de la Section Paloise jusqu’en 2008, et a préparé les Argentins à la Coupe du Monde 2007. Sur son site Internet, on pouvait retrouver, parmi ses clients, des joueurs illustres du Top 14. 

Le rugby peut continuer à fermer les yeux, tant qu’une saisie ne sera pas effectuée ou qu’un joueur actuel ne se décidera pas à briser l’omerta. Ceux qui l’on fait dans tous les sports savent ce qu’il en coûte et subissent les conséquences de leur honnêteté.

Il est dommage que Provale, comme la Fédération, qui s’inquiétaient de possibles dérives au début des années 2000, se placent aujourd’hui dans le déni le plus total.

Il est maintenant nécessaire que sorte le rapport 2012 de l’AFLD, avec les données officielles, afin que les analyses reposent sur des faits et non seulement des témoignages évoquant une période datée.

 

Source et date de l'article  Rue89.com   12.04.2013

Source de l'image


Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article