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CONTRE LE DOPAGE

Non, je ne parlerai plus jamais de dopage

25 Août 2013 , Rédigé par contre le dopage Publié dans #Témoignages

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Le valeureux Don Quichotte, épique héros de Cervantès, a perdu la raison après avoir combattu corps et âme contre les moulins à vent. Fou à lier, le Chevalier à la Triste Figure est revenu chez lui. Fin des aventures qu’il chérissait tant.

Lutter contre le dopage, la malice diffuse, les maquignons de la fiole et de la seringue, les faux-culs en tout genre et le « Système » - comprenez la collusion tacite et l’omerta soigneusement entretenue par organisateurs, coureurs et managers - a fini par m’épuiser. Je m’arrête donc avant le grain d'ellébore. C'est décidé, je n’écrirai plus jamais une seule ligne sur le dopage. La guerre est perdue les amis.

J’ai toujours aimé être du côté de la « Vérité », non parce qu’elle est juste moralement, mais parce qu’elle est - permettez le pléonasme - véridique. Les menteurs, les tricheurs de tout poil, les escrocs, les profiteurs mais aussi leurs complices taiseux, bref ce troupeau d’hypocrites à gifler m’a toujours bigrement révolté. A défaut de caresser l’utopie d’un monde meilleur, j’ai simplement essayé de traverser le nôtre en évitant les projections d’excréments. Alors oui, mes vêtements blancs faisaient ricaner ceux qui se vautraient dans la boue, la conscience brûlée au fer rouge, insensibles, adeptes du "tout est permis", du "pas vus pas pris".

 

J'ai combattu le dopage pendant plusieurs lustres et j’ai rapidement compris que j’avais choisi le camp des perdants. J’ai perdu ceux que je croyais être des amis et trouvé une armée d’ennemis. Impossible de continuer à travailler sur les courses. Je posais les mauvaises questions. Je dérangeais. Persona non grata. « Faut pas briser le rêve m’sieur… ». J’ai été menacé, intimidé, pourchassé, insulté. Récemment, un type m’a reproché d’avoir gagné ma vie grâce au dopage… Un peu comme si on accusait un historien qui a écrit un livre sur le conflit 1914-18 d’avoir profité de la 1ère guerre mondiale pour se remplir les poches…C'est exactement le contraire: j'ai perdu de l'argent et des opportunités de carrière.

Mes livres racontent des voyages à vélo, et sont généralement lus par ceux qui s'intéressent à l'évasion, royalement indifférents à l'agitation malsaine qui règne dans le panier de crabes du professionnalisme. C'est à cette voie, le récit de voyage, que je souhaite me consacrer totalement dorénavant.

Sollicité par des médias pour réagir sur des affaires de dopage (dernièrement Al Jazeera), j’ai souvent décliné pour ne pas devenir ma propre marionnette, le Guignol qui fait le tour des plateaux pour servir une phrase ou une analyse décapante, animer les débats entre deux pages de pub. Je connais trop le fonctionnement des rédactions radio / tv : « Dis, Armstrong a avoué, qui on appelle pour réagir ? Mondenard ? Ballester ? ». En réalité, tout le monde se moque de ce que vous direz. L’antidopage ne fait pas recette, vous êtes l’empêcheur de tourner en rond, l'acariâtre de service, le pénible qui revient. Ecoutez le public sur le bord des routes du Tour et vous comprendrez. Panem et circenses.

 

J’ai mis les pieds dans le plat avec « L’Autre Tour » en 2007. On me l’a reproché. On m’a accusé de tout et n’importe quoi. Personne n’a compris le message.. « C’est qui ce mec ? Pour qui il se prend ? » La plupart des journalistes de la salle de presse m’ont tourné le dos. On n’aime pas trop les gens qui crachent dans la soupe. « Le cyclisme nous fait vivre garçon ». Ils préfèrent taper sur l’épaule des coureurs au village-départ après une douzaine d’huîtres pour fêter le 20ème Tour d’un collègue. Il est si agréable de traverser la France en note de frais…Je n'ai jamais reçu un seul encouragement des sphères politiques ou institutionnelles et les grands sponsors m'ont gentiment évité pour ne pas s'associer à une voix discordante, vous comprenez monsieur, "le Tour est une si belle fête"...

 

En 15 ans, j’ai tout vu. J’ai vu des journalistes, spécialistes du dopage, se jalouser puis se taper dessus dans un couloir. J’ai vu des dopés se repentir, revenir, et recommencer à nous prendre pour des imbéciles. J’ai vu les dopés d’hier commenter les courses d’aujourd’hui à la télévision. C’est le syndrome OM – Valenciennes, Jacques Glassmann disait la vérité, il a payé l’addition seul ; les corrompus, eux, continuent leur chemin semé de gloire et d'argent.

 

Les dopés gagnent sur tous les fronts. Ils empochent d’abord honneurs et dollars en alignant les victoires. Une fois tombés (s’ils tombent…), ils vendent leur confession à un hebdomadaire à gros tirage puis écrivent un livre pour raconter « leur » vérité, ensuite ils deviennent consultants, homme-image pour une marque de montres... Parfois, des sponsors ont même l’inconscience de leur confier des millions pour créer une équipe pro (Bjarne Riis, heureux manager de Saxo Bank).

Pendant le Tour, j’ai bien entendu Thierry Adam saluer « Laurent Jalabert, qui nous manque ». Eh oui, vous ne le saviez pas ? Jaja est une victime. Vivement que les gens oublient un peu et qu’il revienne. La miséricorde du "milieu" est sans fin. J’ai entendu Tyler Hamilton renoncer à son objectivité et bénir Chris Froome (« je crois en lui ») alors que l’Anglais grimpe le Ventoux plus vite qu’Armstrong. Le bon Tyler se remet dans le sens du vent. J’ai vu que les tests de l’Agence Française de Lutte contre le dopage ne faisaient plus peur à personne (aucun contrôle positif sur le 3ème Tour le plus rapide de l'Histoire avec le record de coureurs à Paris...) J’ai lu sur le Canard enchaîné que les douanes avaient reçu une circulaire leur demandant d’éviter le zèle cet été. J’ai entendu des experts nous expliquer que le cyclisme, aujourd’hui, roule plus vite que jamais, mais qu’il est propre. Festina, Landis, Contador, Armstrong n’ont donc servi à rien. A rien.

Une dernière fois, j’ai voulu me rebeller, réagir, repartir pour une croisade. J’ai appelé un ami de la brigade des stupéfiants en Italie. Il m’a répondu: « Guillaume, laisse tomber, il faudrait changer les cerveaux et on ne sait pas le faire ». Son collègue de service vient de partir à la retraite, usé par des années à démanteler des réseaux qui se reformaient dès le lendemain comme les toiles d'araignée.

L’heure est venue, pour moi aussi, de tourner la page. Le dopage était, est et sera. J’ai tenté, dans mon coin, de crier et dénoncer. Toutefois, nager à contre-courant finit par vous tuer (demandez aux saumons). A l'heure où j'écris ces lignes, de nouvelles molécules sont testées dans le peloton. Les laboratoires antidopage ont dix ans de retard.

Non, je ne parlerai plus jamais de dopage (et bon courage à ceux qui le feront).

Messieurs les dopés, je vous quitte avec une dernière question, tirée de l’Evangile de Matthieu : « Quel est le profit d’un homme si, pour conquérir le monde, il y perd la vie ? ».

 

Source et date de l'article  guillaumeprebois.com  12.08.2013

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