Beltran dopé! Avant d'autres?

La journée a commencé étrangement. Non pas à cause de l'épais brouillard qui a enveloppé les deux dernières ascensions de la 7e étape, mais bien en raison d'un communiqué pour le moins ambigu diffusé par l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Mandaté par les organisateurs du Tour de France pour opérer les contrôles, l'AFLD a annoncé que, ce week-end, elle allait remettre aux coureurs «en mains propres» les résultats de leurs prélèvements sanguins effectués les 3 et 4 juillet, juste avant le départ du Tour, et analysés par le Laboratoire antidopage de Lausanne.
Jusque-là rien d'anormal, sauf que la suite de l'annonce est beaucoup plus étrange avec deux phrases pleines de sous-entendus: «Cette transmission n'a en aucun cas valeur d'avertissement au sens juridique du terme. Après avis médical, il a en revanche été suggéré à un certain nombre de coureurs de remettre leurs résultats au médecin de leur équipe, en raison de la possibilité d'un risque sanitaire, compte tenu des valeurs de certains paramètres.» Ou comment dire tout et pas grand-chose.
Résultats inquiétants !
Après décodage, on comprend que plusieurs coureurs présentent des paramètres sanguins irréguliers et qu'ils sont (forcément) dans le collimateur des contrôleurs qui, depuis le début de leur travail, mènent des actions ciblées sur certains membres du peloton. Pierre Bordry, le président de l'AFLD, a déclaré à l'AFP qu'«il y a des gens sur lesquels on peut se poser des questions sur le plan médical. Leurs résultats ne sont pas anormaux mais inquiétants pour leur santé».
Depuis le départ du Tour, plusieurs coureurs, notamment Fabian Cancellara et Riccardo Ricco, ont déclaré avoir été très souvent contrôlés. Pas vraiment un hasard si l'on en croit Pierre Bordry qui a précisé que, depuis le samedi 5 juillet, date où l'AFLD avait eu connaissance des résultats, des coureurs étaient particulièrement visés par les contrôles antidopage.
Il n'en fallait pas davantage pour que la rumeur ne commence à enfler. Certains n'hésitant pas à voir le double champion du monde du contre-la-montre et le vainqueur italien de jeudi à Super-Besse tombés en disgrâce. Dans ce climat de suspicion, même l'abandon inattendu de Christophe Moreau devenait louche.
Réjouissant et triste
Les supputations en tout genre prenaient fin à 19 h 12 lorsque le site internet de «L'Equipe» annonçait que «Manuel Beltran (Liquigas) présente des traces d'EPO (érythropoïétine) dans l'échantillon A de ses urines prélevé à l'issue de la 1re étape du Tour de France, samedi 5 juillet entre Brest et Plumelec.»
Agé de 37 ans, l'ancien lieutenant de Lance Armstrong à l'US Postal et chez Discovery Channel a été immédiatement exclu du Tour par son équipe Liquigas, qui, elle, a décidé de continuer l'épreuve (ndlr: le règlement ne l'oblige pas à quitter le Tour). Des gendarmes sont venus perquisitionner l'hôtel de la formation italienne avant d'embarquer Beltran qui a été mis en garde à vue.
Moins de deux heures plus tard, Amaury Sport Organisation (ASO), société organisatrice du Tour de France, réagissait via un (autre) communiqué. Les organisateurs officialisaient le contrôle positif de l'Espagnol et se félicitaient «de l'efficacité du dispositif mis en place par l'AFLD, tout en déplorant que certains coureurs irresponsables n'aient toujours pas compris que la détermination à lutter contre le dopage était totale et que l'étau se resserrait autour d'eux».
L'impossible lutte se poursuit donc avec l'acharnement qu'elle mérite. Les coureurs les moins malins devraient encore tomber. On ne peut que s'en réjouir. Et s'en attrister.
Source et date de l'article www.nouvelliste.ch 12 juillet 2008
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