Natation / nage en eaux troubles

Natation . Clôture des Mondiaux de Rome, hier, marqués par une avalanche de records du monde. Des performances qui n’auront plus jamais cours. À moins que le dopage s’en mêle. Explications.
Pour la natation mondiale, Rome a plus que jamais été une ville ouverte… à tous les records avec une avalanche de performances (30 records du monde avant la dernière journée des Mondiaux, hier). Forcément de quoi laisser la place au doute, effet combinaison ou pas.
Doute encore plus attisé à la lecture d’une statistique édifiante et presque inquiétante. En 2008, la Fédération internationale de natation (FINA) a procédé à 1 670 contrôles antidopage, dont 1 012 hors compétition. Son pendant aux jeux Olympiques en matière d’audience et de renommée, l’athlétisme, affiche plus de 4 000 contrôles. Une paille comparé aux 13 224 contrôles effectués par l’Union cycliste internationale. Des chiffres qui ne gênent pas les édiles de la natation, qui rétorquent juste par la voix du directeur exécutif de la FINA, le Roumain Cornel Marculescu, que les « contrôles hors compétition sont notre première arme contre le dopage ».
cinq chinois testés positifs
Problème, le barillet n’est pas très chargé. La fameuse antienne « quand on ne cherche pas, on ne trouve rien » colle parfaitement à la natation qui, à Rome, n’a officiellement et pour l’instant détecté aucun tricheur (*). Autour des bassins, on se plaît à répéter que ce n’est pas dans la culture de la natation. Mais il y a quand même quelques poissons pris par la patrouille. Comme ces cinq nageurs chinois positifs au Clenbuterol, un anabolisant, en avril lors d’une compétition nationale.
Un fait qui est passé inaperçu alors que les Chinois dominent à Rome le classement des médailles. En aparté, un ancien nageur fait remarquer : « Ceux qui se sont fait pincer chez eux utilisaient du dopage à l’ancienne. Mais ceux qui sont là sont déjà passés à des produits de la nouvelle génération comme le GW1516, un médicament détourné de son usage, qui aide à supporter les charges d’entraînement encore mieux que l’EPO. Si en 2010, sans les combis, ils nagent toujours aussi vite, on commencera peut-être à se poser les vraies questions… » Les combis au placard, l’explication du dopage technologique au rencart, le dopage biologique pourrait en effet bientôt remonter à la surface des bassins.
« la natation va encore progresser »
En attendant, après des mois de controverse depuis l’autorisation en février 2008 de la combinaison à plaques Speedo LZR, début de l’escalade technologique entre équipementiers qui a profité à l’Italien Jaked et à sa combinaison tout polyuréthane, la FINA a finalement suivi la proposition des États-Unis en faisant adopter à Rome par plus de 180 pays un amendement qui entrera en vigueur au 1er janvier 2010, et dans lequel il est spécifié que les nageurs ne pourront porter en compétition que des équipements tout en tissu. Reste maintenant à définir le tissu pour une commission d’experts issus des cinq continents. Mais c’est bien un retour à l’ordre et un grand bond en arrière qui se profilent, puisqu’il a également été décidé que les nageurs ne pourraient plus nager en combinaison intégrale, mais avec un short de type cycliste pour les hommes et une combinaison à bretelles allant des épaules jusqu’au-dessus du genou pour les dames.
Du coup, certaines performances établies à Rome auront bientôt l’allure des plus vieux records de la RDA en athlétisme (le 400 mètres féminin en 47’’60 par Marita Koch tient depuis 1985). « Croyez-moi, personne ne renagera moins de 59 secondes sur 100 mètres brasse avant très longtemps, juge par exemple Christos Paparradopoulos, l’entraîneur du Havrais Hugues Duboscq, médaillé d’argent à Rome (58’’64, record d’Europe) sur cette distance, derrière l’Australien Brenton Rickard, nouveau recordman de monde en 58’’58. Pas question, néanmoins pour la FINA, d’annuler les records du monde améliorés pendant l’ère des combis. Faussement ingénu, le directeur exécutif de la Fédération internationale, le Roumain Cornel Marculescu, tranche même : « On a des grands athlètes et je suis sûr que la natation va continuer à progresser. » Pour mémoire et avant la dernière journée des Mondiaux, hier, 175 records mondiaux ont été battus depuis l’arrivée du polyuréthane dans la natation, en février 2008. Pour le record de contrôles, on attend toujours…
(*) Étaient testés les trois premiers de chaque épreuve, plus un nageur au hasard. Et chaque nouveau détenteur d’un record du monde.
Frédéric Sugnot
Source et date de l'article Humanite.fr 03.08.09
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