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CONTRE LE DOPAGE

qui a tué Ronaldo (le Brésilien) ?

25 Novembre 2010 , Rédigé par contre le dopage Publié dans #Football

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Beaucoup de choses ont été dites sur Ronaldo Luis Nazário de Lima, joueur prodige brésilien aux multiples blessures improbables… Dans son livre à paraître jeudi, « Dopage dans le football », Jean-Pierre de Mondenard, médecin spécialiste du dopage, s'intéresse à la face cachée du foot. Nous en publions les bonnes feuilles. H.A.

 

Certes, Ronaldo Luiz Nazário de Lima, dit Ronaldo, est toujours vivant. Mais le footballeur s'apprête à terminer sa carrière en queue-de-poisson [début octobre, l'actuel attaquant des Corinthians, qui est retourné au Brésil, a annoncé à la télévision de son pays, TV Globo, qu'il raccrocherait les crampons à la fin de l'année 2011. Il envisage de devenir un jour président des Corinthians], victime d'une série de blessures aussi rares que graves. Face à la répétition de ces « faux pas », la suspicion de dopage ne peut être complètement écartée.

Le 13 février 2008, le Milan AC joue Livourne. Ronaldo entame le match sur le banc des remplaçants. Il rentre en cours de partie pour s'écrouler, trois minutes plus tard, à la réception d'un saut parfaitement anodin, comme il en a réalisé des milliers au cours de sa vie de footballeur.

Le tendon rotulien du genou gauche a cédé d'un seul coup. Le Brésilien ne se fait aucune illusion sur la nature de la douleur. C'est la troisième fois de sa carrière qu'il est victime du même accident. Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Car la rupture du tendon rotulien est affection rarissime en sport. Nous avons recherché sa fréquence dans la littérature scientifique consacrée à la traumatologie du footballeur. La plupart des articles ne la signalent même pas : « Un spécialiste du genou en voit au maximum une par an », commente Pascal Christel, chirurgien orthopédiste français (Le Parisien, 23/05/00). Et d'après son collègue, Michel Zimmerman, elle touchera plus volontiers des sportifs comme les haltérophiles.

Les tendons du genou subissent effectivement une tension énorme surtout dans la seconde phase du mouvement de l'épaulé jeté qui consiste à se relever de la position accroupie pour se remettre d'aplomb sur les jambes.

Mais en football, répétons-le, ce genre de lésion est pratiquement inconnu. C'est bien simple, ces dernières années, on n'a trouvé qu'un seul précédent : il s'agit du défenseur portugais de la Juventus Turin, Jorge Andrade, victime lui aussi d'une rupture du tendon rotulien du genou gauche, lors d'un match contre l'AS Rome, en septembre 2007.

Mais ce qui est tout à fait extraordinaire dans le cas de Ronaldo, c'est évidemment le caractère répétitif de la blessure. Par définition, le tendon est constitué d'une matière extrêmement solide. Qu'il se brise à trois reprises, deux fois à droite et une fois à gauche, c'est tout simplement du jamais vu !

Alors, bien sûr, les chantres d'un sport sans défaut auront beau jeu d'évoquer la loi des séries. En 1998 déjà, lorsque le joueur brésilien avait été victime d'un gros malaise dans sa chambre d'hôtel, à quelques heures seulement de la finale de la Coupe du monde contre la France, on avait mis cela sur le compte d'une overdose de jeux vidéo.

Vous voyez. Rien ne les arrête. A leurs yeux, ces défaillances improbables seraient des preuves supplémentaires que le personnage, surnommé Il Fenomeno (le Phénomène), échappe aux contingences classiques de la physiologie. Très bien.

Cependant il existe une autre explication qui ne nécessite pas de faire appel au surnaturel. Les malheurs actuels de Ronaldo seraient tout simplement le résultat de choix thérapeutiques aberrants, établis tout au long de sa carrière.

La véritable histoire du Phénomène

En 1994, Ronaldo débarque en Europe, dès l'âge de 17 ans. Il rallie le club hollandais du PSV Eindhoven, où on le trouve un peu léger. De fait, il pèse 75 kg pour 1,83 m. Comment les médecins s'y prennent-ils pour lui faire gagner des kilos ? On ne le sait pas avec certitude. Toujours est-il que le jeune joueur s'épaissit rapidement.

« Aux Pays-Bas, Ronaldo a intégré une académie de gymnastique » croit savoir le docteur brésilien Omar de Oliveira. « On l'a alors soumis à un régime alimentaire particulier avec des cures de créatine. » (Le Monde, 24/09/99)

S'agissait-il seulement de créatine ? « Non », rétorque son collègue Bernardino Santi [il réitère ses accusations dans un livre qui vient de paraître en Italie : « Paura del buio » (« La Peur de l'obscurité », éditions Indiscreto), une biographie consacrée à la face cachée de Ronaldo et écrite par le journaliste milanais Enzo Palladini) :

« J'ai discuté avec des collègues néerlandais, qui connaissent les gens du PSV Eindhoven. Ronaldo était vraiment maigre et ils lui administraient des compléments, dont quelques substances anabolisantes pour l'aider à se développer. […]

Un des facteurs aggravants vient du fait qu'il a acquis une forte structure musculaire très jeune et très rapidement. L'addition à payer pour l'usage de stéroïdes anabolisants est à long terme : dix, quinze, vingt ans plus tard.

Les stéroïdes provoquent des lésions structurelles des organes, de la musculature. En principe, il existe un gain en qualité, en force et en puissance, mais après, ça se détériore. » (dans les colonnes de la Folha de Sao Paulo, 15/02/08)

Dans la foulée de ces révélations pour le moins gênantes, le docteur Santi sera licencié par la Confédération brésilienne de football (CBF), au sein de laquelle il était chargé de coordonner la lutte antidopage ! On l'accuse de n'avoir aucune preuve de ce qu'il avance. « La stature de Ronaldo mérite plus de respect », s'insurgent sans rire les dirigeants de l'institution. Un commentaire surréaliste !

Ainsi, on épargne ceux qui ont réservé au joueur un traitement que l'on ne tolère pas même envers les animaux de boucherie, plutôt que celui qui dénonce courageusement ces pratiques !

Quant à Ronaldo lui-même, il reste remarquablement discret sur cette partie de sa vie. Or il faut rappeler à tous les amnésiques que les produits dopants sont monnaie courante dans le football, notamment néerlandais, et que cela ne date pas d'aujourd'hui.

Par exemple, Jimmy Van Rompou, médecin du club batave AZ'67, affirme dans L'Equipe du 28 octobre 1976 que « le dopage est largement répandu parmi les footballeurs de [s]on pays ».

Même son de cloche chez son confrère, le docteur John Rolnik, médecin de l'Ajax d'Amsterdam dans les années 1980 :

« A la suite d'une enquête s'étalant sur seize ans, auprès d'environ 1 000 joueurs professionnels évoluant aux Pays-Bas, un footballeur sur onze du championnat néerlandais utilise des stimulants. »

Pour en savoir plus, il faut s'en remettre à la lecture du dossier médical de Ronaldo. On apprend ainsi qu'en 1995, déjà, il souffrait d'une tendinite chronique du genou gauche, le droit n'allant guère mieux. L'année suivante, il passe une première fois sur le billard pour l'ablation d'une excroissance osseuse : séquelle classique d'une maladie d'Osgood-Schlatter.

Cette intervention a-t-elle servi à quelque chose ? Pas sûr. Quelques images volées dans sa vie civile montrent un Ronaldo qui boite de plus en plus bas. Les jours de matchs, il prend sa dose de Voltarène (comprimés anti-inflammatoires) pour gommer sa douleur.

Sa dépendance aux médicaments est telle qu'à l'occasion de son transfert à l'Inter Milan, en 1997, elle inquiète le médecin du club, le docteur Piero Volpi, qui préconise le sevrage : « Le Voltarène servait seulement à endormir la douleur pendant le match. » (L'Equipe, 16/04/00, en réponse à un article de l'auteur, dans Le Figaro la veille)

Ses conseils ont-ils été suivis ? On peut en douter. Ronaldo joue une cinquantaine de matchs cette année-là et semble incapable de dire non à un entourage qui le veut absolument sur le terrain. Bref on le suspecte, comme beaucoup d'autres sportifs professionnels, de tenir le coup grâce aux médicaments.

Cela lui permet d'enchaîner les matchs et les équipes : Eindhoven, Barcelone, Inter Milan, Real Madrid, Milan AC. Ce faisant, il s'expose aussi à une aggravation de ses lésions.

Une étude publiée par le Centre européen de rééducation du sportif (CERS) de Capbreton –établissement dans lequel a séjourné Ronaldo après sa récidive de rupture du tendon droit– a confirmé récemment la proportion importante (37%) d'antécédents de chroniques avant une rupture tendineuse.

Cette observation semble s'appliquer au cas de Ronaldo. Après sa dernière opération, un communiqué à la presse, en provenance de l'hôpital Pitié-Salpêtrière, soulignait le mauvais état antérieur de son genou : « Une rupture complète du tendon au ras de la rotule a été retrouvée avec des lésions préexistantes de tendinite qui étaient responsables de douleurs du tendon depuis quelques mois », écrivent ses médecins.

Une question demeure : depuis « quelques mois » ou quelques années ?

La Fiat devenue Ferrari

L'histoire de Ronaldo se trouve résumée dans cette déclaration d'un journaliste italien féru de course automobile :

« Quand il est arrivé au PSV Eindhoven, Ronaldo était très maigre. Quand il en est reparti, il était devenu très musclé. Mais son tendon était toujours le même. Si vous avez une Fiat, elle aura beau être une petite voiture fantastique, si vous mettez un moteur de Ferrari à l'intérieur, elle vous lâchera/ » (Luca Curino, journaliste qui couvre les exploits de l'Inter Milan pour La Gazzetta dello Sport, 27/08/00)

La petite voiture en question lâchera d'autant plus vite que l'on continuera à faire n'importe quoi. Or, dans le cas de Ronaldo, la liste des incuries est encore longue. Après ses éventuelles cures hollandaises de stéroïdes anabolisants et sa dépendance quasiment certaine aux anti-inflammatoires, il nous faut évoquer un troisième facteur qui pourrait expliquer cette fragilité tendineuse : la cortisone !

Rappelez-vous l'importance du joueur dans le dispositif de l'équipe brésilienne à l'approche du Mondial de 1998. Il devait jouer coûte que coûte ! Son malaise, quelques heures avant la finale du Mondial, semble pour le moins mystérieux. En réalité, cette défaillance s'explique mieux, si l'on analyse les faits, rapportés avant le France-Brésil du 12 juillet.

Pris de convulsions dans les heures précédant le match, il fut incertain jusqu'au coup d'envoi de la rencontre qu'il disputa sous la pression du pouvoir sportif brésilien. Mais dans quel état ? En réalité, il souffrait des genoux depuis le début du Mondial et le staff médical lui faisait des infiltrations pour qu'il puisse jouer malgré son handicap.

De plus, ce genre de produit contient un anesthésique qui peut, s'il est injecté en partie dans un vaisseau sanguin, provoquer un choc avec perte de connaissance pouvant passer pour une crise d'épilepsie. Ce genre d'accident n'est pas rare et peut faire craindre le pire. D'ailleurs, l'un de ses coéquipiers a raconté qu'il avait cru que l'attaquant de l'Inter de Milan allait mourir !

Signalons qu'il y a quelques années, un jeune militaire de 25 ans est décédé à la suite d'une telle injection destinée à calmer, comme dans le cas de Ronaldo, une douleur au genou.

En ce qui concerne Ronaldo, nous considérons que la pratique des infiltrations doit s'assimiler sans contestation possible à du dopage.

« Dopage dans le football » de Jean-Pierre de Mondenard (éd. Jean-Claude Gawsewitch, 381 pp, 19.90 euros)

la couverture de « Dopage dans le football » de Jean-Pierre de Mondenard

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Source et date de l'article  Rue89.com  24.11.2010

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